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RIETE EXPRESS : Statine et EP

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 "C'est la maladie qui rend la santé agréable; le mal qui engendre le bien; c'est la faim qui fait désirer la satiété, et la fatigue le repos." Héraclite
 
Siniscalchi, C., Muriel, A., Suriñach, J.M., Bikdeli, B., Jiménez, D., Lobo, J.L., Amado, C., Gil-Díaz, A., Imbalzano, E., Monreal, M. and (2022), Statin use and 30-day mortality in patients with acute symptomatic pulmonary embolism. Journal of Thrombosis and Haemostasis. Accepted Author Manuscript. https://doi-org.proxy.insermbiblio.inist.fr/10.1111/jth.15753

Utilisation de statines et mortalité à 30 jours chez les patients atteints d'embolie pulmonaire aiguë symptomatique

Contexte

Les statines possèdent des propriétés antithrombotiques et profibrinolytiques. L'association entre l'utilisation des statines et les résultats à court terme chez les patients atteints d'embolie pulmonaire aiguë (EP) reste inconnue.

Méthodes

Nous avons utilisé les données du registre RIETE pour comparer la mortalité toutes causes à 30 jours chez les patients atteints d'EP aiguë selon l'utilisation des statines. Le résultat secondaire était l'EP fatale. Nous avons utilisé la mortalité liée au cancer comme critère de falsification.

Résultats

De janvier 2009 à avril 2021, 31 169 patients atteints d'EP ont été recrutés. Parmi ceux-ci, 5 520 (18 %) utilisaient des statines au départ : faible intensité 829, modérée 3 636, haute intensité 1 055. Les utilisateurs de statines étaient plus âgés et avaient une fréquence plus élevée de diabète, d'hypertension ou d'athérosclérose que les non-utilisateurs (P <0,001 pour toutes les comparaisons). Au cours des 30 premiers jours, 1 475 patients sont décédés (EP mortelle, 255). En analyse multivariée, les utilisateurs de statines avaient un risque plus faible de décès toutes causes confondues (rapport de cotes [OR] : 0,65 ; IC à 95 % : 0,56-0,76) et d'EP mortelle (OR : 0,42 ; IC à 95 % : 0,28-0,62) que les non -utilisateurs. Le risque de décès était plus faible chez les patients utilisant des statines à faible (OR : 0,51 ; IC à 95 % : 0,34-0,77), modérée (OR : 0,68 ; IC à 95 % : 0,57-0,81) ou à haute intensité (OR : 0,68 ; IC à 95 % : 0,51-0,92). Les résultats n'ont pas changé dans les modèles de régression logistique à effets mixtes avec les hôpitaux comme effet aléatoire. Les statines n'étaient pas associées à un risque significatif de mortalité par cancer.

Conclusion

Les patients atteints d'EP utilisant des statines au départ avaient un risque significativement plus faible de mourir dans les 30 premiers jours que les non-utilisateurs. Des essais randomisés sont nécessaires pour confirmer ces données.

Infos complémentaires

EPSTAT1
STATEP2


STAEP3
Commentaire

Une fois de plus RIETE nous ouvre une nouvelle porte pour la MTEV ; STATINE et EP . L'effet pléotropique des statine est à mettre au premier plan de cette étude, il explique  en partie les résultats constatés
 

PLEIO
https://www.medecinesciences.org/en/articles/medsci/full_html/2002/10/medsci20021812p1257/medsci20021812p1257.html


medsci20021812p1257 fig3 big
Mécanismes hypothétiques de l’effet des statines dans la cellule endothéliale et de leurs conséquences sur l’adhérence des monocytes. Les molécules d’adhérence (CAM) (en rouge) sont exprimées à la surface de la cellule endothéliale en réponse au TNFα . La protéine Rho est correctement ancrée à la membrane grâce au GGPP et, en interaction avec le cytosquelette, assure le regroupement fonctionnel des molécules d’adhérence, ce qui permet l’adhérence optimale des monocytes (à droite sur la figure, voir [21]). En empêchant la prénylation de Rho par le GGPP, les statines (à gauche) perturbent de ce fait le regroupement des CAM endothéliales, donc l’adhérence. L’effet activateur des statines sur le niveau d’expression des CAM induit par le TNFα est représenté par un nombre plus élevé de barres.

https://www.medecinesciences.org/en/articles/medsci/full_html/2002/10/medsci20021812p1257/medsci20021812p1257.html




En 2010 une article évoquait une possible action des statines dans la MTEV  : Interpreting the Jupiter trial: Statins can prevent VTE, but more study is needed, 
Alejandro Perez, MD and John R. Bartholomew, MD Cleveland Clinic Journal of Medicine March 2010, 77 (3) 191-194; DOI: https://doi.org/10.3949/ccjm.77a.09077



statMTEV
L'analyse d'un critère d'évaluation secondaire de l'essai JUPITER (Justification for the Use of Statins in Prevention: an Intervention Trial Evaluating Rosuvastatin) a révélé qu'une statine réduisait le risque de thromboembolie veineuse (MTEV) chez des personnes apparemment en bonne santé présentant des niveaux élevés de C-réactif protéines et des taux normaux de cholestérol à lipoprotéines de basse densité (N Engl J Med 2009 ; 360 :1851–1861). Néanmoins, en attendant d'autres études, les statines ne doivent pas remplacer la prophylaxie et l'anticoagulation éprouvées, en particulier pour les patients atteints de thrombose veineuse profonde récurrente, les patients hospitalisés, les patients postopératoires et les autres patients sujets à la MTEV.

L'étude de RIETE est une réponse indirecte à l'article : Interpreting the Jupiter trial: Statins can prevent VTE, but more study is needed

Les effets pléiotropes des statines, au-delà de leurs propriétés hypocholestérolémiantes, sont très débattus. En prévention primaire, plusieurs études observationnelles de cohorte et cas-témoins semblent montrer que les statines réduisent l'incidence de la  MTEV  d'environ 30 %. Dans un seul essai clinique randomisé contrôlé contre placebo (JUPITER), qui comprenait 17 000 patients, la rosuvastatine 20 mg/jour a réduit le risque de thromboembolie veineuse de 43 %. Cependant, ces patients étaient à faible risque de MTEV et la fréquence de l'événement était, en principe, faible. En prévention secondaire, plusieurs études observationnelles et analyses post-hoc d'essais cliniques randomisés ont suggéré que les statines pourraient prévenir la récidive de la thromboembolie veineuse. Cependant, aucune de ces études n'avait suffisamment de poids scientifique pour constituer la base d'une recommandation d'utiliser les statines en prévention secondaire. L'effet préventif putatif des statines semble être indépendant de la concentration plasmatique de cholestérol et pourrait être une propriété pharmacologique de la classe des statines, bien qu'une relation dose-effet n'ait pas été démontrée. On pense que le mécanisme par lequel les statines pourraient prévenir la thrombose veineuse implique leurs effets anti-inflammatoires et antioxydants ou peut-être une action plus spécifique, en bloquant la dégradation des protéines antithrombotiques. Un mécanisme impliquant l'action des statines sur les interactions entre les facteurs de risque d'athérosclérose et de thromboembolie veineuse est soutenu par certaines études, mais pas toutes. En l'absence de preuves solides, les statines ne peuvent actuellement pas être recommandées pour la prévention primaire ou secondaire de la MTEV.

La piste STATINE et MTEV est à "creuser", RIETE est capable de nous apporter des réponses intéressantes dans l'avenir. STATINE et MTEV une piste intéressante, le lien atherthrombose et MTEV existe bien qu'il soit controversé , la statine peut être le chainon manquant. Il existe des FDR communs : l'âge, le tabac , le sexe notamment. 

Une étude française :
 Increased risk and severity of unprovoked venous thromboembolism with clustering cardiovascular risk factors for atherosclerosis: Results of the REMOTEV registry, S Gaertner et Coll, Int J Cardiol . 2018 Feb 1;252:169-174. Les risques de gravité de la MTEV et d'EP non provoqués sont associés au regroupement des FDRCV. Le rôle des FDRCV cumulatifs prédomine plutôt que le poids spécifique de chacun des FDRCV  dans le risque de survenue de MTEV. Une étude de Praboni en 2007 Venous thromboembolism and subsequent hospitalisation due to acute arterial cardiovascular events: a 20-year cohort study,Lancet . 2007 Nov 24;370(9601):1773-9.  "Pour les patients atteints de thrombose veineuse profonde, les risques relatifs variaient de 1,60 pour l'infarctus du myocarde (IC à 95 % 1,35-1,91) à 2,19 (1,85-2,60) pour l'AVC au cours de la première année suivant l'événement thrombotique. Pour les patients atteints d'embolie pulmonaire, les risques relatifs cette année-là étaient de 2,60 (2,14-3,14) pour l'infarctus du myocarde et de 2,93 (2,34-3,66) pour l'AVC. Les risques relatifs ont également augmenté, bien que de façon moins marquée, au cours des 20 années de suivi suivantes, avec des augmentations de 20 à 40 % du risque d'événements cardiovasculaires artériels. Les risques relatifs étaient similaires pour les personnes atteintes de thrombose veineuse profonde provoquée et non provoquée et d'embolie pulmonaire." Un dernier article de 2016 : Coronary or thoracic artery calcium score in provoked and unprovoked pulmonary embolism: a case-control study, N VAN DER BIJL et Coll, JTH 2016, 14:931-935 . Aucune différence significative n'a été trouvée entre l'étendue du CAC et du TAC (calcification aorte thoracique)  chez les patients avec une EP non provoquée par rapport à ceux avec une EP provoquée ou sans EP. La différence observée dans l'étendue du CAC et du TAC entre les patients avec et sans EP dépendait des facteurs de risque cardiovasculaire prévalents.......FDR CV associé , surisque d'accidents CV après un épisode de MTEV probablement, rôle implicite des statines mais d'autres études sont nécessaires pour établir ce lien...... La thèse de médecine de Jennifer Hamtpton Marseille 2016 sur MTEV et et risque CV, cohorte rétrospective à 1 et 5 ans avait montré un sur risque CV à 5 ans pour les infarctus du myocarde.
 
Affaire à suivre.......

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