
Castellucci LA, Chen VM, Kovacs MJ, Lazo-Langner A, Greenstreet P, Kahn S, Côté B, Schulman S, de Wit K, Douketis J, Suryanarayan D, Wan T, Yeo E, Le Templier G, Tran HA, Willcox A, Crowther HJ, Prasad R, Shivakumar S, Umana E, Ni Ainle F, Tritschler T, Barco S, Galanaud JP, Blondon M, Baumann Kreuziger L, Solymoss S, Kearon C, Thomas E, Ramsay T, Le Gal G, Rodger M; COBRRA Trial Investigators. Bleeding Risk with Apixaban vs. Rivaroxaban in Acute Venous Thromboembolism.Risque hémorragique associé à l'apixaban par rapport au rivaroxaban dans la thromboembolie veineuse aiguë
N Engl J Med. 2026 Mar 12;394(11):1051-1060. doi: 10.1056/NEJMoa2510703. PMID: 41812192.
Contexte
L’apixaban et le rivaroxaban sont les anticoagulants oraux les plus fréquemment utilisés pour traiter la thromboembolie veineuse aiguë. Cependant, des incertitudes persistent quant à la différence de risque hémorragique entre ces deux médicaments.
Méthodes
Dans un essai international prospectif, randomisé, ouvert et avec évaluation en aveugle du critère d’évaluation principal, nous avons randomisé, selon un ratio 1:1, des patients éligibles présentant une embolie pulmonaire symptomatique aiguë ou une thrombose veineuse profonde proximale pour recevoir soit de l’apixaban, soit du rivaroxaban pendant 3 mois. L’apixaban a été administré à la dose de 10 mg deux fois par jour pendant 7 jours, puis à 5 mg deux fois par jour, et le rivaroxaban à la dose de 15 mg deux fois par jour pendant 21 jours, puis à 20 mg par jour. Le critère d’évaluation principal était la survenue d’un saignement cliniquement significatif, défini comme un saignement majeur ou un saignement non majeur cliniquement significatif, selon les critères de la Société internationale de thrombose et d’hémostase, lors des 3 mois de l’essai. Le critère d’évaluation secondaire comprenait la mortalité toutes causes confondues.
Résultats
Au total, 2 760 patients ont été randomisés : 1 370 dans le groupe apixaban et 1 390 dans le groupe rivaroxaban. Un événement du critère d’évaluation principal est survenu chez 44 des 1 345 patients (3,3 %) du groupe apixaban et chez 96 des 1 355 patients (7,1 %) du groupe rivaroxaban (risque relatif : 0,46 ; intervalle de confiance [IC] à 95 % : 0,33 à 0,65 ; p < 0,001). Un décès, toutes causes confondues, est survenu chez 1 patient (0,1 %) du groupe apixaban et chez 4 patients (0,3 %) du groupe rivaroxaban (risque relatif : 0,25 ; IC à 95 % : 0,03 à 2,26). Des événements indésirables graves non liés à des saignements ou à une thrombose veineuse sont survenus chez 36 patients (2,7 %) du groupe apixaban et chez 30 patients (2,2 %) du groupe rivaroxaban.
Saignement cliniquement pertinent. Sont présentées les courbes de Kaplan-Meier pour le premier épisode de saignement cliniquement pertinent, un critère composite associant un saignement majeur ou un saignement non majeur cliniquement pertinent, pendant la période de traitement de 3 mois (critère de jugement principal). L'encart montre les mêmes données sur un axe des ordonnées agrandi. Les zones ombrées indiquent les intervalles de confiance à 95 %.
Thromboembolie veineuse récidivante. Sont présentées les courbes de Kaplan-Meier pour le premier épisode de thromboembolie veineuse symptomatique récidivante, un critère composite associant une thrombose veineuse profonde récidivante ou une embolie pulmonaire récidivante, pendant la période de traitement de 3 mois (critère de jugement secondaire). L'encart montre les mêmes données sur un axe des ordonnées agrandi. Les zones ombrées indiquent les intervalles de confiance à 95 %.
Conclusions
Chez les patients atteints de thromboembolie veineuse aiguë, le risque d’hémorragie cliniquement significative était significativement plus faible avec l’apixaban qu’avec le rivaroxaban au cours des 3 mois de traitement. (Financement : Instituts de recherche en santé du Canada et autres organismes ; numéro d’enregistrement ClinicalTrials.gov : NCT03266783 ).
RÉSUMÉ GÉNÉRATIF
Ce document présente les résultats d’un essai clinique comparant le risque de saignement entre l’apixaban et le rivaroxaban chez des patients atteints d’embolie pulmonaire ou de thrombose veineuse profonde aiguë. Le but est de déterminer lequel de ces anticoagulants est le plus sûr sur une période de trois mois.
Contexte et objectifs
- * L’embolie veineuse et la thrombose veineuse profonde sont des conditions fréquentes, responsables de mortalité cardiovasculaire.
- * Les anticoagulants oraux directs, notamment rivaroxaban et apixaban, sont recommandés comme traitement de première ligne, ayant montré une efficacité comparable aux antagonistes de la vitamine K.
- * Cependant, des différences potentielles dans le profil de sécurité, notamment le risque de saignement, n’avaient pas été directement comparées entre ces deux médicaments.
- * L’étude COBRRA a été conçue pour évaluer si l’apixaban offrait une meilleure sécurité que le rivaroxaban en termes de saignement.
Méthodologie
- * Étude internationale, prospective, randomisée, ouverte, avec endpoints en aveugle.
- Inclusion de patients adultes avec embolie pulmonaire ou thrombose veineuse proximale symptomatique, traités pendant 3 mois.
- * Randomisation en 1:1 pour recevoir soit apixaban (10 mg deux fois par jour pendant 7 jours, puis 5 mg deux fois par jour), soit rivaroxaban (15 mg deux fois par jour pendant 21 jours, puis 20 mg par jour).
- * Le principal critère d’évaluation était le saignement cliniquement pertinent, combinant saignement majeur ou non majeur nécessitant une intervention médicale.
- * Les secondaires comprenaient la mortalité, la récidive de thromboembolie veineuse, et d’autres événements indésirables.
- * Analyse en intention de traiter, avec ajustements pour certains facteurs de stratification.
Résultats principaux
- * 2760 patients ont été randomisés, avec une répartition équilibrée.
- * Le taux de saignement pertinent était significativement inférieur dans le groupe apixaban (3,3%) comparé au rivaroxaban (7,1%), avec un risque relatif de 0,46.
- * Le saignement majeur était également moins fréquent avec l’apixaban (0,4%) contre 2,4% avec le rivaroxaban.
- * La majorité des saignements non majeurs étaient de nature vaginale ou gastro-intestinale, avec une incidence plus faible sous apixaban.
- * La récidive de thromboembolie veineuse était similaire dans les deux groupes (~1%), tout comme la mortalité globale, très faible.
- * La conformité au traitement était meilleure avec rivaroxaban, mais cela n’a pas influencé la récidive thromboembolique.
Discussion et implications
- * L’étude confirme que l’apixaban présente un profil de sécurité supérieur à celui du rivaroxaban en termes de saignement chez les patients avec embolie pulmonaire ou thrombose profonde aiguë.
- * La réduction du risque de saignement pourrait influencer la préférence pour l’apixaban dans la pratique clinique.
- * La différence semble surtout liée à la dose initiale plus élevée de rivaroxaban durant les premières semaines.
- * La faible mortalité et la similarité dans la récidive thromboembolique renforcent l’efficacité comparable des deux agents.
- * Limitations : étude ouverte pouvant introduire un biais, exclusion des patients très obèses (>120 kg) ou avec cancer, et suivi limité à 3 mois.
- * La généralisation des résultats à d’autres populations ou indications doit être prudente, et des études complémentaires sont en cours pour d’autres contextes, comme la fibrillation auriculaire.
Conclusion
- Chez les patients traités pour une embolie pulmonaire ou une thrombose veineuse profonde, l’apixaban réduit significativement le risque de saignement cliniquement pertinent par rapport au rivaroxaban durant trois mois de traitement, sans compromis sur l’efficacité de prévention de la récidive thromboembolique.

SYNTHESE / NOTEBOOKLM
Cette étude clinique internationale, nommée COBRRA et publiée dans le New England Journal of Medicine, compare la sécurité de deux anticoagulants oraux, l'apixaban et le rivaroxaban, chez des patients souffrant de thromboembolie veineuse aiguë. Les chercheurs ont mené un essai randomisé sur trois mois pour déterminer laquelle de ces molécules présentait le risque de saignement le plus faible tout en prévenant efficacement les récidives de caillots sanguins. Les résultats démontrent de manière significative que l'apixaban entraîne moins de saignements cliniquement pertinents que le rivaroxaban, sans pour autant sacrifier l'efficacité du traitement. En conclusion, ce texte fournit une preuve scientifique importante pour aider les médecins à choisir la thérapie la plus sûre afin de gérer les risques hémorragiques lors du traitement initial des thromboses et embolies pulmonaires.










Commentaire
Très belle étude , la première qui compare directement le rivaroxaban versus l'apixaban, pour une MTEV hors cancer avec un suivi de 3 mois.
Résultats à 6 mois, puis à 12 mois en attente ......à suivre ?
Le résultat est spectaculaire, nette réduction du risque hémorragique avec l'apixaban, par contre récurrence identique entre apixaban et rivaroxaban.
La différence majeure entre ces 2 AOD, c'est la posologie, 1 comprimé/jour pour le rivaroxaban et 2 comprimés/jour pour l'apixaban, de plus une dose de charge de 21 j pour le rivaroxaban et 7 j poour l'apixaban. De plus la posologie d'apixaban avec 2 prises explique aussi la réduction du risque hémorragique.
L'apixaban est donc à privilégier chez les patients à risque hémorragique certes, mais à tous les autres patients, car la réduction du risque hémorragique est importante .
Quelle est la situation dans la VRAIE VIE en France ?
On a cette impression, la vtaie vie anticipe toujours la science !
La FA n'est pas concernée par cette étude.



