IA et HUMAIN

Espace LIMINAL

 

Yuval Noah Harari " Avec l'intelligence artificielle, nous ne créons plus seulement des outils, mais un nouveau type d'agent capable de prendre des décisions et de créer de nouvelles idées par lui-même. L'humain se retrouve pour la première fois face à une altérité qu'il n'a pas engendrée par l'évolution biologique, mais par le code."

 

 Luciano Floridi "Nous vivons l'ère de l'hyperhistoire, suspendus entre le monde organique et le cyberespace. L'humain n'est plus le centre incontesté de la création d'intelligence, mais un gardien de sens naviguant dans un entre-deux technologique permanent."

 

Gilles Babinet " L'IA agit comme un miroir, mais aussi comme un seuil. Elle nous oblige à redéfinir ce qui nous est propre — non pas ce que nous savons faire plus vite, mais ce que nous sommes les seuls à ressentir et désirer dans l'incertitude"

 

 
Préambule
 
L’expression « espace liminal » entre les humains et l'intelligence artificielle désigne un état de transition et d'hybridation où la frontière entre l'utilisateur et la machine devient floue. 

"Les outils étaient jusqu’à présent bien distincts de l’être qui les utilisait. Aujourd’hui, l’émergence des systèmes d’intelligence artificielle grand public brouille les pistes : nos souvenirs et nos décisions sont souvent intimement liés à nos traces numériques tandis que les systèmes informatiques modernes se nourrissent de nos données. Considérer un effacement progressif de cette frontière conceptuelle permet de changer les termes des débats et des réflexions autour de l’essor de l’IA." Catherine de Grave

"À force de chercher ce qui nous sépare, on oublie ce qui nous relie…" J Jacques G (Linkedin) 

 

Un « espace liminal » entre les humains et l’IA : la frontière sera‑t‑elle moins discernable qu’on voudrait le croire ?

 

Auteurs

Déclaration d’intérêts

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

CONVERSATION

 

L'ESSENTIEL

  • Les outils étaient jusqu’à présent bien distincts de l’être qui les utilisait.

  • Aujourd’hui, l’émergence des systèmes d’intelligence artificielle grand public brouille les pistes : nos souvenirs et nos décisions sont souvent intimement liés à nos traces numériques tandis que les systèmes informatiques modernes se nourrissent de nos données.

  • Considérer un effacement progressif de cette frontière conceptuelle permet de changer les termes des débats et des réflexions autour de l’essor de l’IA.


Il existe quelque chose d’étrangement rassurant dans la manière dont nous continuons à parler de l’intelligence artificielle. Comme si la géométrie fondamentale de cette relation avait déjà été tracée une fois pour toutes. D’un côté, les êtres humains. De l’autre, les machines.

Pourtant, les machines deviennent plus rapides, plus convaincantes, plus autonomes ; les humains s’adaptent, résistent, ou finissent peut-être par s’effacer un peu. Mais la frontière qui sépare les deux demeure remarquablement peu interrogée, comme si sa permanence allait de soi.

Et pourtant, à mesure que nous vivons avec ces systèmes, quelque chose de plus ambigu commence à apparaître.

Une interaction avec les systèmes artificiels de plus en plus internalisée

 

La particularité de l’intelligence artificielle contemporaine réside précisément dans son refus de rester à l’extérieur de nous-mêmes.

Les outils d’autrefois occupaient une place relativement simple dans nos existences. Un marteau prolongeait la main. Un télescope étendait la portée du regard. Un ordinateur facilitait le calcul. On les utilisait tout en restant solidement ancré dans son identité propre.

L’intelligence artificielle vient troubler cet équilibre. Progressivement, l’interaction cesse de paraître cognitivement extérieure. La mémoire se disperse dans des archives numériques auxquelles nous revenons sans cesse. Les décisions émergent d’une négociation continue avec des algorithmes capables d’anticiper nos préférences (à l’image des systèmes de recommandation déployés sur les grandes plateformes numériques) avant même que celles-ci ne se soient entièrement formées.

Les systèmes fondés sur le dialogue argumentatif illustrent cette transformation en intégrant les réactions de l’utilisateur dans un processus itératif de justification et de révision des recommandations : la réflexion peut désormais se déployer au travers d’échanges avec des agents conversationnels. En somme, la pensée humaine emprunte de plus en plus souvent des structures artificielles avant de revenir vers nous, subtilement transformée.


 

Dans le même temps, les systèmes artificiels se nourrissent d’immenses quantités de traces de l’expérience humaine. Les modèles de langage y découvrent les multiples formes d’expression des émotions et acquièrent la capacité d’en interpréter les nuances. Ils en ont appris les indices linguistiques, les nuances affectives et les contextes d’expression, jusqu’à reconnaître des états émotionnels complexes dans les interactions textuelles. Ils assimilent les traces de l’expérience humaine sans jamais relever de l’expérience humaine elle-même.

Ce qui apparaît alors est un « espace liminal » : un territoire où il n’y a ni fusion véritable ni séparation nette, mais un état intermédiaire, fluide, dans lequel les catégories qui structuraient autrefois nos interactions perdent progressivement leur évidence.

L’humain devient partiellement artificiel à travers l’externalisation graduelle de sa cognition, de sa perception et de son action. La machine, quant à elle, absorbe le langage, les mouvements, les comportements et les affects humains au fil même de l’interaction. Autour d’eux, l’environnement commence lui aussi à se transformer, acquérant une nature hybride qui lui est propre.

Aucune de ces catégories ne disparaît complètement. Mais aucune ne ressort intacte de la rencontre.

 


Les technologies d’augmentation des capacités humaines : au cœur de cette ambiguïté

 

Une personne munie d’une prothèse adaptative est accompagnée par un dispositif qui ajuste continuellement son comportement à ses mouvements et à ses intentions. Cette logique d’adaptation s’étend aujourd’hui aux prothèses motorisées du membre inférieur, capables d’ajuster leur assistance à la dynamique de la marche.

Au-delà de la compensation d’une fonction perdue, les robots portables prolongent le corps en lui offrant de nouvelles possibilités d’action, parfois au moyen de membres supplémentaires directement contrôlés par l’utilisateur.

D’autres approches privilégient une collaboration étroite entre l’humain et des bras robotiques portés sur le corps afin d’assister l’exécution de tâches complexes.

Enfin, les systèmes cognitifs prédictifs exploitent les données produites en continu par l’utilisateur pour anticiper certains de ses états ou besoins et adapter leur fonctionnement en conséquence.

La pensée, le mouvement et la perception commencent à circuler simultanément entre des couches biologiques et artificielles. L’agentivité déborde progressivement les limites du corps pour se distribuer dans des systèmes qui anticipent, répondent et s’adaptent en retour. Le cerveau, lentement, redéfinit ce qu’il considère comme faisant partie du corps et du soi.

Ce qui émerge n’est alors ni entièrement humain ni entièrement artificiel, mais une condition plus fluide, continuellement reconstruite à travers l’interaction avec la machine et l’environnement qui l’entoure.

Les machines transforment aussi notre environnement.

 

La réalité virtuelle et la réalité augmentée offrent sans doute l’expression la plus visible de cette transformation de l’environnement. Dans ces univers immersifs, le corps demeure physique tandis que la perception s’ancre dans un monde généré computationnellement. La présence cesse de coïncider parfaitement avec l’espace matériel. L’environnement lui-même acquiert une qualité « liminale », suspendue ici entre réalité tangible et construction artificielle.

 


Pourtant, une portion considérable des discussions actuelles autour de l’intelligence artificielle continue de se concentrer sur l’intelligence, la conscience ou le remplacement de l’humain. Ces questions sont certes importantes, mais elles ne sont peut-être pas les plus profondes.

La transformation essentielle n’est pas dans un éventuel remplacement de l’humain

 

La transformation principale réside dans l’effacement progressif des frontières conceptuelles au moyen desquelles les sociétés modernes ont longtemps organisé leurs relations avec les machines et avec leur environnement.

C'est peut-être cela qui confère à l’intelligence artificielle contemporaine son étrange mélange de fascination et d’inquiétude. L’interaction ne modifie et nos habitudes ou nos comportements. Elle commence à déstabiliser les catégories mêmes à travers lesquelles nous avons traditionnellement compris ce que nous sommes, ce que sont nos machines et ce que sont les mondes que nous habitons.

Les collaborations futures entre psychologues, neuroscientifiques, informaticiens et artistes seront essentielles pour explorer cet espace liminal. Comprendre comment il transforme le cerveau humain, les comportements individuels et les dynamiques sociales constitue une étape nécessaire si nous souhaitons développer une intelligence artificielle conçue comme une entité de collaboration plutôt que comme une entité de compétition.


QUI PEUT MIEUX QU'UNE IA PARLER DE L'IA ?

 

 

L espace liminal humain et IA

 

L Espace Liminal Humain IA Slide 1L Espace Liminal Humain IA Slide 2
L Espace Liminal Humain IA Slide 3

L Espace Liminal Humain IA Slide 4

L Espace Liminal Humain IA Slide 5

 

L Espace Liminal Humain IA Slide 6

 

L Espace Liminal Humain IA Slide 7

 

L Espace Liminal Humain IA Slide 8

 

L Espace Liminal Humain IA Slide 9

 

Commentaire

L'étape  préliminaire est le subliminal, situé en dessous du seuil de perception. Au-delà, l'état liminal, étape de transition entre l'homme et la machine. Actuellement de nombreux articles nous parlent de l'état subliminal de l'IA en médecine. La fusion ,l'osmose médecin/IA est en attente pour les questions de médecine en général, mais peu à peu cette osmose va devenir réalité car dans le contexte de l'IA, il ne peut en être autrement.La cohabitation IA/humain sera inexorable, mais il faudra en définir les règles. Ne jamais oublier que l'avenir sera triangulaire : humain/IA et le patient. Cette trilogie restera la base de la médecine hippocratique. C'est là que tout va se compliquer car les cohabitations à 3 sont compliquées. le plus souvent. Et on ne peut exclure le patient, il va falloir à la fois former les médecins et les patients à cette intrusion de l'IA. Quand on est confronté au patient , c'est un autre mode dans la vraie vie médicale. C'est cette partie du problème à laquelle il faut s'attacher aussi. L'espace liminal humain/IA ouvrira-t-il ses portes au patient ? Le patient devrait se fondre dans la relation IA/humain, mais à quelle place ?

 

Pour l'instant pas de réponse sauf celle des 2 zèbres.

images


1793163435453

 

A SUIVRE ! 


RENFORT2COPY1