Prévention primaire CV à 75 ans et plus : statine ?

" Traiter la personne avant de traiter le cholestérol."
 

" L'âge n'est pas une maladie"  Robert Butler

 

" On ne vieillit pas parce que l'on vit un certain nombre d'années ; on vieillit parce que l'on a déserté son idéal" Douglas MacArthur

 

"Ce qui compte, ce n'est pas d'ajouter des années à la vie, mais de la vie aux années." Alexis Carrel

 
 
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Stephan D, Zamperini C, Cordeanu EM.
Lipid-lowering therapy for primary prevention of cardiovascular disease in adults aged 75 years and older: a narrative review.

Traitement hypolipémiant pour la prévention primaire des maladies cardiovasculaires chez les adultes de 75 ans et plus : une revue narrative

Int J Cardiol Cardiovasc Risk Prev. 2026 Apr 28;30:200646. doi: 10.1016/j.ijcrp.2026.200646. PMID: 42100682; PMCID: PMC13147402.

Contexte 

Les personnes âgées de 75 ans et plus présentent le risque absolu le plus élevé de maladies cardiovasculaires, mais restent largement sous-représentées dans les essais randomisés évaluant le traitement par statines en prévention primaire. Ce manque de données probantes soulève des incertitudes quant à la pertinence d’instaurer un traitement hypolipémiant chez cette population.

Méthodes 

Nous avons réalisé une revue narrative des essais contrôlés randomisés, des méta-analyses et des études observationnelles majeures évaluant le traitement par statines en prévention primaire des maladies cardiovasculaires chez les adultes de 75 ans et plus. Nous avons effectué des recherches dans PubMed et dans les listes de références des articles pertinents jusqu’en décembre 2024.

Résultats 

Les données probantes issues d’études randomisées directes concernant la prévention primaire chez les adultes de plus de 75 ans sont limitées. L’étude PROSPER incluait une population mixte de patients âgés de 70 à 82 ans, traités en prévention primaire et secondaire. Les analyses post-hoc de l’étude ALLHAT-LLT n’ont montré aucun bénéfice et ont même mis en évidence une tendance à un effet néfaste chez les patients de 75 ans et plus. Les méta-analyses de données observationnelles suggèrent une réduction de la mortalité de 12 à 14 % associée à l’utilisation de statines, sous réserve de facteurs de confusion. Le délai d’obtention d’un bénéfice en termes de réduction des événements cardiovasculaires est d’environ 2,5 ans, un délai qui doit être mis en balance avec l’espérance de vie individuelle.

Conclusions

 
Les données actuelles ne justifient pas l’instauration systématique d’un traitement par statines en prévention primaire chez tous les adultes de plus de 75 ans. Les décisions thérapeutiques doivent être individualisées en fonction du risque cardiovasculaire, de l’espérance de vie, de l’état de fragilité, des préférences du patient et des autres priorités de santé. Les résultats des essais STAREE et PREVENTABLE, attendus entre 2025 et 2027, apporteront des recommandations définitives.


Algorithme proposé pour la prise de décision individualisée concernant le traitement par statines en prévention cardiovasculaire primaire chez les adultes âgés de 75 ans et plus. CFS : Échelle de fragilité clinique ; SCORE2-OP : Évaluation systématique du risque coronarien 2 – Personnes âgées ; CV : cardiovasculaire.

 Conclusion

Les données actuelles concernant le traitement hypolipémiant en prévention primaire des maladies cardiovasculaires chez les adultes de 75 ans et plus restent non concluantes. Bien que les études observationnelles suggèrent généralement un bénéfice, notamment dans les sous-groupes à haut risque comme les personnes diabétiques, l'absence de données robustes issues d'essais randomisés spécifiques à cette population entretient une incertitude persistante. Le délai d'obtention d'un bénéfice, d'environ 2,5 ans, en termes de réduction des événements cardiovasculaires, doit être mis en balance avec l'espérance de vie individuelle et les autres priorités de santé. Les décisions thérapeutiques doivent être individualisées et prises en concertation avec le patient, en tenant compte du risque cardiovasculaire, de l'espérance de vie estimée, de l'état de fragilité, des interactions médicamenteuses potentielles, de la polymédication et des préférences du patient concernant l'utilisation des médicaments ( figure 1 ). Chez les personnes âgées en bonne santé présentant un risque cardiovasculaire élevé et une espérance de vie raisonnable supérieure à 3 à 5 ans, un traitement par statines peut apporter un bénéfice significatif. En revanche, chez les personnes fragiles dont l'espérance de vie est limitée, qui présentent de multiples comorbidités ou qui privilégient la qualité de vie, il peut être approprié de différer l'instauration d'un traitement par statines ou d'interrompre un traitement en cours. Les essais STAREE et PREVENTABLE devraient fournir des recommandations définitives et éclairer les futures lignes directrices. En attendant les résultats, les cliniciens devraient s'opposer à la fois au nihilisme thérapeutique et à la prescription réflexe, et engager plutôt chaque patient dans une discussion approfondie sur les bénéfices incertains et les risques potentiels d'un traitement par statines en prévention primaire chez les personnes âgées.


SYNTHÈSE CHATGPT


Statines en prévention primaire après 75 ans : faut-il traiter ?

👵 Population concernée

Patients ≥ 75 ans sans antécédent cardiovasculaire avéré.

 

❓ Le problème

  • Risque cardiovasculaire très élevé avec l'âge.
  • Peu d'essais randomisés chez les >75 ans.
  • Recommandations actuelles prudentes et individualisées.

🔍 Ce que montrent les études

 

✅ Arguments en faveur des statines

  • Réduction des événements cardiovasculaires dans plusieurs études.
  • Méta-analyse JUPITER + HOPE-3 :
    • ↓ infarctus, AVC et décès cardiovasculaires de 26 %.
  • Grandes études observationnelles :
    • ↓ mortalité globale de 12 à 14 %.

⚠️ Limites

  • Peu de patients >75 ans dans les essais.
  • ALLHAT-LLT :
    • aucun bénéfice démontré ;
    • tendance à une mortalité plus élevée chez les ≥75 ans.
  • Résultats parfois contradictoires.

⏳ Notion clé : le délai avant bénéfice

 

Temps nécessaire pour observer un bénéfice

⏱️ ≈ 2,5 ans

Pour éviter :

  • 1 événement cardiovasculaire majeur
  • chez 100 patients traités.

Conséquence pratique

✔️ Intérêt si espérance de vie > 3–5 ans

❌ Bénéfice limité si :

  • fragilité importante,
  • polypathologie sévère,
  • espérance de vie réduite.

🧓 Facteurs favorisant l'instauration

 

🟢 Risque cardiovasculaire élevé

🟢 Diabète

🟢 Bon état fonctionnel

🟢 Faible fragilité

🟢 Espérance de vie prolongée

🟢 Préférence du patient pour la prévention cardiovasculaire.


🚫 Facteurs incitant à ne pas débuter

 

🔴 Fragilité avancée

🔴 Dépendance

🔴 Démence évoluée

🔴 Polymédication importante

🔴 Cancer ou maladie limitant l'espérance de vie

🔴 Priorité donnée à la qualité de vie.


⚕️ Arrêt des statines : prudence

Chez les patients déjà traités :

📈 Arrêter les statines à 75 ans a été associé à :

  • +33 % d'hospitalisations cardiovasculaires dans une cohorte française.

👉 L'arrêt ne doit pas être systématique.


🛡️ Tolérance

Effets indésirables possibles

  • Myalgies
  • Interactions médicamenteuses
  • Léger risque accru de diabète

Ce qui n'est pas confirmé

🧠 Pas de preuve solide d'un risque de déclin cognitif ou de démence.


🎯 Message clé

Les statines après 75 ans ne doivent être ni systématiques ni exclues d'emblée.

Décision individualisée basée sur :

  1. Risque cardiovasculaire
  2. Espérance de vie
  3. Fragilité
  4. Comorbidités
  5. Préférences du patient

✔️ Profil idéal

Patient robuste, autonome, à haut risque cardiovasculaire et avec une espérance de vie > 5 ans.

❌ Profil peu favorable

Patient fragile, dépendant ou avec espérance de vie limitée.

Conclusion : « Traiter la personne avant de traiter le cholestérol ». 


 
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 Commentaire 1

Très bon article de l'équipe du Pr. Stephan (Strasbourg) , il faut retenir le point le plus important, "Traiter la personne avant de traiter le cholestérol."
 Le patient ne se résume jamais à un chiffre ni à un score ,d'autant plus en prévention CV primaire. En prévention CV secondaire, la question ne se pose pas, mais toujours en tenant compte de l'état du patient de plus de 75 ans. Le LDL en prévention CV primaire n'est pas je facteur décisionnel. Il faut avant tout tenir compte de l'ensemble des facteurs de comorbidités, des souhaits des patients, La mesure du score calcique artérielle périphérique reste un point de départ de la réflexion de qualité. Le score PREVENT est celui que j'utilise. La correction des FDRCV reste la base de la pris en charge préventive. Le médecin doit expliquer les raisons d'abaisser le LDL et expliquer sa prescription, notamment d'une statine. Il faut donc avoir examiné le patient, avoir une vue d'ensemble de son état général.

Commentaire 2 : dans la vraie vie, que se passe-t-il ? 

Chacun et chacune "fait à sa façon" mais il serait utile et nécessaire de respecter des passages obligés consensuels d'une spécialité à l'autre, afin d'être plus efficace pour les patients, car les discours différents font naître les doutes..  Il est nécessaire d'utiliser les outils dont on dispose localement et idéalement il serait souhaitable que les cardiologues et les médecins vasculaires travaillent sur une plateforme commune "RISQUE CV PRIMAIRE" à partir (un logiciel commun, "made by IA") . Nous avons des outils complémentaires, la pertinence des  soins doit être la base de cette démarche consensuelle, de plus les patients le souhaitent car d'un médecin à l'autre les réponses divergent et en fait chaque discipline, voire la prévention CV primaire, est vue par la "lorgnette" de ses habitudes, de sa discipline et des souhaits des patients. Côté patient, si la prévention CV  est bien comprise, la prévention primaire CV est moins bien comprise avec toujours la même réflexion : "mais je suis en forme"… En fait, c'est souvent la survenue brusque  d'un accident CV chez un membre de la famille, chez un ami, chez un collègue de travail qui précipite le patient (quel que soit son âge) vers les médecins car jusqu'à présent "tout allait bien".

Le prévention CV primaire, c'est tout un tas de croyances qui appartiennent à chaque médecin, les pros et les antis aspirine, les pros et les anti statines, les pros et les antis CAC, les pros et les antis marche sur la distance et le rythme, etc., et j'en passe et des meilleurs. La vraie vie médicale est d'une richesse infinie, ne pas l'oublier. La prévention primaire CV ne doit pas se transformer en "knockisme aigu" :  « Les gens bien portants sont des malades qui s'ignorent ! » « Car leur tort, c'est de dormir dans une sécurité trompeuse, dont les réveille trop tard le coup de foudre de la maladie. » Ce message "violent" est à proscrire, aujourd'hui il faut dialoguer, éduquer, expliquer au patient et ne pas argumenter sur la peur dont les effets sont en plus pervers.

A quand un forfait CCAM évaluation du risque CV pour la prévention primaire ?  

Liste des médicaments et autres "potions magiques" consommés par des patients en prévention primaire du risque CV : 

- Aspirine 100, Aspégic 500 ou 1000 1 / j ou 1/semana, Kardégic 75 ou 160
- Clopidogrel
- Statine, cela va de 1/semaine à 2/j, tout dosage confondu.
- Vitamine C et D sont de la partie comme le magnésium.
- Les huiles essentielles, dont l'huile essentielle d'Ylang-ylang ou de Livèche ou des deux ou encore la Ravintsara
- La levure rouge de riz
- Le curcuma
- Le gingembre
- La méditation
- La sophrologie
- L'aubépine, la mélisse, l'agripaume, le romarin la carotte
- L'homéopathie est de la partie :  Arnica montana, Baryta carbonicum, Glonoinum, Melilotus, Aconit, Spigelia, Latrodectus MactansIgnatia, Berberis etc;
ETC......c'est fou ce que les gens peuvent prendre pour conserver leur cœur en bonne santé (tout au moins c'est ce qu'ils croient). … Tout cela semble fou, mais c'est ce qui se passe dans la vraie vie pour un % de patients faible, mais on assiste à une augmentation de ces pratiques, la Covid-19 avait donné le "la" dans ce sens là !

À noter : le marché français des compléments alimentaires en 2022 affiche une croissance de 13 % par rapport à l'année précédente. Désormais il représente un chiffre d'affaires de 2,6 milliards d'euros....édifiant et inquiétant !

La meilleure PRÉVENTION CV doit débuter tôt avec l'activité physique dès l'enfance.

PCVG
 
 


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