RIETE EXPRESS : TVMS/CANCER/CATHETER

 Une approche didactique

 

 "Il n'y a pas de maladies, il n'y a que des malades." Armand Trousseau

 

Nouveau projet 2026 06 20T182527.186



Résultats cliniques de la thrombose veineuse profonde des membres supérieurs en fonction du statut cancéreux et de l'association avec un cathéter : une analyse du registre RIETE.


Contexte

 
La thrombose veineuse profonde des membres supérieurs (TVPMS) est de plus en plus souvent diagnostiquée en raison de l'utilisation généralisée des cathéters veineux, notamment chez les patients atteints de cancer. Cependant, son évolution clinique et la durée optimale du traitement anticoagulant restent incertaines.
 

Méthodes

 
Nous avons analysé les données de 4 979 patients présentant une TVP isolée symptomatique du membre supérieur, inscrits au registre RIETE. Parmi eux, 1 383 patients étaient atteints d’un cancer et présentaient une TVP associée à un cathéter, 599 d’un cancer et ne présentaient pas de TVP associée à un cathéter, 921 ne présentaient pas de cancer et ne présentaient pas de TVP associée à un cathéter, et 2 076 ne présentaient pas de cancer et ne présentaient pas de TVP associée à un cathéter. Les critères d’évaluation comprenaient la récidive de thrombose veineuse profonde, l’embolie pulmonaire symptomatique, les hémorragies majeures et la mortalité toutes causes confondues pendant le traitement anticoagulant et après son arrêt. Une régression à risques concurrents a été utilisée pour les événements thrombotiques et hémorragiques, et une régression de Cox pour la mortalité.
 

Résultats

 
La thrombose veineuse profonde du membre supérieur (TVPMS) associée à un cathéter était plus fréquente chez les patients atteints de cancer que chez ceux qui n'en étaient pas atteints (70 % vs 35 %).
 
Chez les patients atteints de cancer, la TVPMS associée à un cathéter était associée à une mortalité toutes causes confondues plus faible que la TVPMS non associée à un cathéter (22,6 vs 55,9 décès pour 100 patients-années ; rapport de risque ajusté [RRa] : 0,39 ; IC à 95 % : 0,31-0,49) et à un taux de récidive de MTEV plus faible (6,27 vs 9,60 pour 100 patients-années).
 
Chez les patients non atteints de cancer, la TVPMS associée à un cathéter était associée à une mortalité plus élevée (10,7 vs 4,32 décès pour 100 patients-années) et à des hémorragies majeures plus fréquentes (2,49 vs 0,61 pour 100 patients-années), tandis que le taux de récidive de MTEV était similaire, quel que soit le statut du cathéter.
 
Dans les quatre groupes, les récidives de MTEV sont restées rares après l'arrêt du traitement anticoagulant.

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Conclusions

 
L’évolution clinique des TVP des membres supérieurs varie selon le statut cancéreux et la présence d’un cathéter. La persistance de faibles taux de récidive après l’arrêt du traitement anticoagulant, notamment en cas de TVP associée à un cathéter, plaide en faveur d’une approche individualisée de la durée de l’anticoagulation.

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Cette étude prospective internationale, issue du registre RIETE, analyse le devenir clinique de près de 5 000 patients souffrant d'une thrombose veineuse profonde des membres supérieurs (TVP-MS) afin d'en clarifier l'évolution et la prise en charge. Les chercheurs ont comparé quatre profils de patients selon la présence d'un cancer et l'utilisation d'un cathéter veineux, révélant que ces facteurs influencent davantage le risque de mortalité globale que celui de récidive thrombolitique. Un résultat majeur souligne que le risque de récidive reste faible après l'arrêt des anticoagulants, remettant en question la nécessité de traitements prolongés, en particulier lorsque le caillot est lié à un cathéter. En conclusion, les auteurs plaident pour une approche thérapeutique individualisée, car la trajectoire de cette pathologie diffère sensiblement de celle des thromboses des membres inférieurs traditionnellement utilisées comme modèles de référence.
Issues cliniques de la TVP MS
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OPEN EVIDENCE   / AOD / HBPM
 
 

Les AOD (apixaban, rivaroxaban) constituent une option de première intention acceptable pour la TVPMS liée au cathéter, y compris chez le patient cancéreux, sous réserve de l'absence de facteurs de risque hémorragique spécifiques, alors que l'HBPM reste préférée dans certaines situations à haut risque de saignement.

Données disponibles spécifiquement pour la TVPMS

  • Le registre RIETE (Ruiz-Artacho et al., 2025) a comparé AOD vs traitement standard (HBPM ou AVK) chez 3 496 patients avec TVPMS, avec à la fois des formes liées au cathéter et non liées. Le critère composite (récidive de TVP + saignement majeur à 3 mois) était moins fréquent sous AOD (1,0 % vs 2,8 % ; HR ajusté 0,41 ; IC95 % 0,19-0,90), avec des résultats cohérents dans les analyses stratifiées par cancer et par association au cathéter. [1]

  • Une étude prospective portant sur 210 patients avec TVPMS (63 sous apixaban, 39 sous rivaroxaban, 108 sous HBPM/AVK) a montré une efficacité et une sécurité comparables entre AOD et traitement conventionnel, orientant la British Society for Haematology à reconnaître les AOD comme une option raisonnable malgré des données encore limitées. [2]

  • L'ACC (2026) note qu'en l'absence d'essais comparatifs dédiés, la TVP liée au cathéter peut être traitée par AOD ou HBPM pendant une durée minimale de 3 mois, incluant au moins 1 mois après le retrait du cathéter. [3]

Cas particulier du patient cancéreux (extrapolation des données sur la TVP associée au cancer)

  • Les AOD (surtout apixaban, mieux étayé par l'essai Caravaggio) sont globalement préférés à l'HBPM pour le traitement de la thrombose associée au cancer (CAT), avec un risque de récidive plus faible et un risque de saignement majeur comparable, au prix d'un saignement non majeur cliniquement pertinent légèrement plus élevé. [3-5]

  • L'HBPM reste préférée en cas de : clairance de la créatinine <30 mL/min, tumeurs à haut risque hémorragique (cancers gastro-intestinaux luminaux non réséqués, urothéliaux ou gynécologiques non réséqués, notamment cervical, carcinome rénal métastatique, mélanome, tumeurs adjacentes aux vaisseaux pulmonaires), interactions médicamenteuses, malabsorption, état général altéré (ECOG 3-4), poids <50 kg, ou cytopénies/troubles digestifs majorant le risque hémorragique. [3][6]

  • Ces mêmes contre-indications relatives s'appliquent logiquement à la TVPMS liée au cathéter chez le patient cancéreux, puisque aucun essai randomisé dédié n'a spécifiquement comparé AOD et HBPM dans ce sous-groupe. [7]

Cas du patient non cancéreux

  • Pour la TVP du membre supérieur sans cancer, le choix reste également entre AOD (apixaban, rivaroxaban) et HBPM/AVK, les données disponibles suggérant une efficacité et une sécurité similaires, voire un signal favorable aux AOD dans le registre RIETE susmentionné. [1-2][8]
  •  

Durée de traitement

  • Un minimum de 3 mois est recommandé, incluant au moins 1 mois après retrait du cathéter en l'absence de cancer ; si le cathéter reste en place ou en contexte de cancer actif, une anticoagulation prolongée (voire indéfinie) est à envisager. [3][7][9]
  •  

L'algorithme ci-dessous, issu du guide de la British Society for Haematology sur la thrombose associée au cancer, résume les critères cliniques (site tumoral, atteinte digestive, insuffisance rénale sévère, interactions médicamenteuses, préférence du patient) orientant le choix entre AOD et HBPM, applicables par extrapolation à la TVPMS liée au cathéter chez le patient cancéreux.

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Figure 2. Algorithm for choosing between LMWH and DOAC for cancer‐associated VTE.

Used under license from Wiley.

Ces recommandations reposent en grande partie sur l'extrapolation des données de la TVP associée au cancer en général et sur des études observationnelles pour la TVPMS spécifiquement liée au cathéter, en l'absence d'essai randomisé dédié à cette dernière situation.

 REFERENCES 

1.
Direct Oral Anticoagulants Versus Standard Therapy in Upper Extremity Deep Vein Thrombosis: Real-World Evidence.
Thrombosis and Haemostasis. 2025. Ruiz-Artacho P, Lecumberri R, Trujillo-Santos J, et al.Recent
2.
Addendum to guidelines on the investigation and management of venous thrombosis at unusual sites (Br. J. Haematol. 2012;159:28–38): Use of Direct Oral Anticoagulants.
British Journal of Haematology. 2022. Riat R, Gomez K, British Society for Haematology Haemostasis and Thrombosis Taskforce.Opinion
3.
Direct Oral Anticoagulants in Primary and Secondary Prevention of Thrombotic Events: 2026 ACC Scientific Statement: A Report of the American College of Cardiology.
Journal of the American College of Cardiology. 2026. Kumbhani DJ, Armbruster AL, Cheng RK, et al.RecentGuideline
4.
Venous Thromboembolism.
Lancet. 2021. Khan F, Tritschler T, Kahn SR, Rodger MA.Review
6.
Cancer‐associated venous thrombosis in adults (second edition): A British Society for Haematology Guideline.
British Journal of Haematology. 2024. Alikhan R, Gomez K, Maraveyas A, et al.Review
7.
Unveiling the complexities of catheter-related thrombosis: risk factors, preventive strategies, and management.
Journal of Thrombosis and Thrombolysis. 2025. King HL, Padilla-Lazos T, Chitkara A, et al.Review
 
Commentaire
 
L'attitude à adopter dans ce contexte concernant l'anticoagulation et sa durée doit être déterminée au cas par cas. L'avis du patient est toujours essentiel. Dans ma pratique, je privilégie les AOD et notamment l'apixaban depuis l'étude COBBRA. Le cancer est toujours délétère, d'autant plus qu'il est associé à une MTEV . Le cas par cas se justifie parce que chaque cancer est différent, que ses traitements peuvent interférer avec les anticoagulants, voire augmenter le risque hémorragique.


Très beau travail  de RIETE et remarquable étude.
Bravo Philippe DEBOURDEAU.


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