Le tocilizumab , c'est quoi ? Produit le plus intéressant dans les formes avec détresse respiratoire. C’est un anticorps monoclonal (de synthèse donc) dirigé contre les récepteurs à l’interleukine 6 (IL6). L’IL6 est une cytokine, c’est-à-dire une substance élaborée par le système immunitaire qui intervient dans l’inflammation (K Boulslama) .

L'essai a reçu un financement du Programme Hospitalier de Recherche Clinique du Ministère de la Santé, un financement d'amorçage du réseau REACTing/INSERM via la Fondation pour la Recherche Médicale, Paris, France, et un financement de la Fondation AP-HP pour la recherche, Paris, France. Le tocilizumab ainsi que 4 000 kits de dosage Elecsys d’interluekine 6 ont été fournis sans conditions par le laboratoire Roche, qui n'a été impliqué ni dans la conception de l'essai, la collection des données, l'analyse, l'interprétation, l'écriture du manuscript ni dans la gouvernance de l'essai

Caratéristiques du produit : https://ec.europa.eu/health/documents/community-register/2020/20200401147710/anx_147710_fr.pdf
Enfin un traitement prometteur : la prochaine étape déterminer les meilleurs indications d'utilisation dans le COVID-19, indications, contre indications effets secondaires, surveillance
Vue le contexte actuel, j'insiste sur un point majeur, un essai thérapeutique "dans les règles" , Bravo à l'APHP.
L'avis d'un expert signé : Pr JF Schved Prodesseur en Hématologie et Transfusion, Faculté de Médecine de Montpellier, Tocilizumab, au-delà de l'effet d'annonce
Le 27 avril ; l’APHP (Hôpitaux de Paris) se fendait d’un communiqué de presse sur une étude utilisant le tocilizumab dans l’infection à Covid-19.
« Les patients ont été sélectionnés sur la base d'une hospitalisation pour pneumonie COVID-19 moyenne ou sévère, mais ne nécessitant pas de réanimation au moment de l'admission. Le critère de jugement primaire était la combinaison du besoin de ventilation (mécanique ou non invasive) ou du décès à J14.Au total, 129 patients ont été randomisés : 65 pour traitement habituel + tocilizumab et 64 pour le traitement habituel. Le critère de jugement principal a été atteint chez une proportion significativement plus faible de patients dans le bras tocilizumab. »
Deux types de réaction dans le public qui interprète, avec les médias, la dernière phrase, scientifiquement indiscutable mais totalement incompréhensible pour un non initié : d’un côté, les optimistes « on a trouvé un traitement efficace pour le Covid 19 » d’un autre côté les complotistes « on a bloqué les essais sur la chloroquine qui ne coûte rien pour favoriser ce médicament à …big pharma etc… »
Quelques commentaires
1 - l’équipe qui a géré cet essai est une équipe rompue aux essais cliniques, de très haut niveau et la méthodologie paraît excellente, même s’il faudra la publication définitive pour juger
2 - le travail n’est pas original dans la mesure où ce médicament, le tocilizumab (Roactemra®) qui est un anti-récepteur à l’IL6 a été testé par les chinois, et surtout fait l’objet de 4 autres essais, deux en Italie, un au Danemark et un en Chine. Nous ne disposons d’aucun résultat sur ces essais.
3 – Il existe un autre médicament le sarilumab (Kevzara®) basé sur le même principe (anti-récepteur à l’IL6), à l’essai dans quatre études cliniques (France, deux aux USA, un au Canada), résultats non publiés à ce jour.
4 - les investigateurs de cet essai et l’APHP se sont dépêchés de communiquer les résultats par voie de grande presse pour être les premiers à la faire. Il est impossible à l’heure actuelle de juger ce travail, non publié, donc non évalué par la communauté scientifique sur les critères habituels : sélection des patients, objectifs, résultats, sachant qu’il s’agit d’une série assez courte (65 patients dans chaque bras).
Disons, au risque de déplaire que l’on fait de la communication Raoult avec un travail sérieux et c’est dommage : comment utiliser cette information ? En particulier peut-on dès maintenant traiter tous les patients avec pneumonie Covid par tocilizumab ?
La réponse est Non : Il faut valider ces résultats, donc attendre la publication pour savoir quelle population de malade exactement pourrait en bénéficier, quelles sont les contre-indications et quelles sont les possibilités de production du (des) laboratoires.
A ce jour et en attente de la publication, on peut considérer
- que ce traitement ne s’adressera pas aux patients ayant pas ou peu de symptômes (85%) chez lesquels il n’a pas été testés (et à 800 euros le traitement, quel système de santé tiendrait le choc ?)
- que ce traitement ne s’adressera pas non plus aux malades graves qui ont été exclus de l’essai tocilizumab et sont maintenant exclus des essais sarilumab. Dans cette population, ces traitements sont inefficaces voire dangereux. La mortalité chez ces patients en réanimation reste élevée ( 30 à 50%)
Conclusion : espoir thérapeutique indiscutable reposant sur des bases physiopathologiques solides, s’adressant à un nombre limité de patients et aux résultats clamé prématurément par des médecins, industriels et administratifs impatients.
#1MASQUEPOURTOUS