

C’était l’image la plus partagée du salon : le nouveau robot Atlas, dans sa version entièrement électrique, naviguant avec une aisance déconcertante au milieu du stand du constructeur Hyundai. Passant de 1,50 m à 1,90 m de hauteur, il gagne aussi en mobilité, des articulations entièrement rotatives, et une capacité de levage bien supérieure à son prédécesseur (de 50 kg). Mais au-delà de la prouesse mécanique, c’est aussi l’annonce faite conjointement par Boston Dynamics et Google DeepMind qui change la donne !
En effet, si les robots humanoïdes sont des merveilles d’ingénierie capables de danser ou de faire des saltos arrière, prouesses que l’on peut admirer sur de virales vidéos en ligne, ils restent souvent des « coquilles vides » sur le plan cognitif, en se contentant d’exécuter des scripts écrits à l’avance. Plus pour longtemps ! Cette semaine, Boston Dynamics a profité du CES 2026 pour confirmer l’intégration des modèles de fondation multimodaux Gemini Robotics (annoncés l’automne dernier) directement dans le « cerveau » d’Atlas.
Cela signifie que la future version du robot ne se contentera plus de suivre un chemin balisé. Grâce à la vision par ordinateur couplée au raisonnement de Gemini, Atlas pourra identifier par exemple un objet inconnu, déduire de quoi il s’agit (« ceci est une pièce fragile »), puis ajuster sa prise sans qu’aucun ingénieur n’ait à coder cette interaction spécifique. Mieux encore : l’apprentissage réalisé par un robot sera transférable aux autres !
L’annonce est d’autant plus sérieuse qu’elle s’accompagne de chiffres de production massifs, une première pour Boston Dynamics, entreprise historiquement tournée vers la R&D. L’objectif est d’atteindre une capacité de production de 30 000 unités par an d’ici 2028. Et sa maison-mère, Hyundai, a annoncé le déploiement d’Atlas sur son site de production de voitures électriques en Géorgie. Le robot quitte ainsi le labo de recherche pour l’usine, avec la promesse de soulager les humains des tâches les plus pénibles et répétitives, d’abord le tri des pièces avant de passer à l’assemblage des composants, en tant que collaborateur pouvant comprendre des consignes vocales (« prends ceci et mets-le là »).

Si vous pensiez que la conduite autonome chez les constructeurs traditionnels stagnait au « Niveau 2 », Mercedes-Benz vient de prouver le contraire avec la présentation de la version de série de la Classe CLA 2026, dotée d’une autonomie d’environ 600 km. Ce véhicule est le premier de la marque à embarquer nativement le système d’exploitation propriétaire MB.OS qui permet d’interagir avec la recharge et les aides à la conduite.
Mais la véritable rupture technologique réside ailleurs. Lors du CES, Jensen Huang, le PDG de Nvidia, a rejoint le constructeur sur scène pour dévoiler « Alpamayo-R1 », un modèle d’IA de 10 milliards de paramètres spécifiquement entraîné pour la conduite autonome, et censé pouvoir faire concurrence avec la solution Full Self-Driving (FSD) de Tesla. Contrairement aux systèmes précédents basés sur des règles strictes, Alpamayo utilise une nouvelle architecture de raisonnement en « chaîne de pensée ».
Avec cette IA, une voiture devient capable de comprendre son environnement, « prenant des décisions comme le ferait un humain » dans des cas complexes, et devrait atteindre à terme une autonomie de niveau 4. Pour les conducteurs, cela changera tout. Imaginez une rue barrée soudainement sans panneau de prévention, un véhicule de livraison garé en double file sur une piste cyclable, ou encore un carrefour bondé de piétons imprévisibles. Là où une voiture autonome classique pourrait se bloquer, paralysée par l’absence de règles codées pour ces anomalies, la voiture devient en mesure de « comprendre » la situation.
Quant au modèle CLA 2026, le véhicule est bardé de capteurs (10 caméras, 5 radars et 12 capteurs ultrasons) qui nourrissent un supercalculateur capable d’effectuer plus de 500 000 milliards d’opérations par seconde. Mercedes propose cette fonctionnalité sous le nom MB.DRIVE ASSIST PRO, facturée aux États-Unis sous forme d’abonnement (environ 3 950 $ les premières années). La voiture n’est plus un produit fini à l’achat, mais une plateforme évolutive qui apprend de chaque kilomètre parcouru par la flotte mondiale !
Dans le hall central, LG Electronics a rappelé à tous pourquoi il restait le maître de l’OLED. La nouvelle série LG OLED evo W6 (pour « Wallpaper ») n’est pas juste une télévision plus fine : c’est l’aboutissement d’une décennie de recherche pour faire disparaître la technologie au profit de l’image. Le design de « W6 » pousse le minimalisme à l’extrême : une dalle de moins de 10 millimètres d’épaisseur, plaquée magnétiquement au mur, sans câble visible.
Tout cela est rendu possible grâce à un boîtier, le Zero Connect, qui transmet l’image en 4K et le son sans fil vers l’écran jusqu’à 10 mètres de distance. Avec cette astuce, l’écran ne contient plus que la dalle et l’électronique minimale de pilotage des pixels. Tout le reste se trouve dans le boîtier ! Par ailleurs, LG a commencé à utiliser des matériaux composites avancés, afin que ce type d’écran ultra-fin puisse rester rigide sur le long terme, tout en divisant son poids par deux par rapport aux modèles précédents. Une feuille métallique flexible est ajoutée pour permettre l’adhérence magnétique au mur…
Lorsqu’il est éteint, l’écran bascule en mode « LG Gallery+ », affichant des textures de toile si réalistes que de nombreux visiteurs ont dû toucher la surface pour croire qu’il s’agissait d’un écran, et non d’un tableau. La télévision se transforme alors en objet de décoration.
Loin des robots géants et des voitures de luxe, c’est un petit boîtier blanc, tenant facilement dans la main, qui a créé l’intérêt à l’Eureka Park (la zone dédiée aux startups). La jeune pousse française Allergen Alert, spin-off du géant du diagnostic in-vitro bioMérieux, a présenté ce qui pourrait devenir le « Yuka » des personnes allergiques.
Le problème est mondial : les allergies alimentaires ont explosé ces vingt dernières années, rendant les sorties au restaurant anxiogènes pour des millions de personnes. Et la réponse d’Allergen Alert est technologique : leur dispositif miniaturise l’immuno-analyse, technique réservée jusque-là aux laboratoires d’analyse médicale.
L’utilisateur insère un échantillon infime de son plat (une miette suffit) dans une capsule à usage unique, puis l’introduit dans le boîtier. En moins de deux minutes, l’appareil rend son verdict. Le système se concentre sur les 9 principaux allergènes, à l’origine de 80 % des réactions allergiques, à savoir les cacahuètes, les fruits à coque, le lait, les œufs, le poisson, les crustacés, le blé (et donc le gluten), le soja et le sésame. Le tout, avec une précision capable de détecter des traces infimes (quelques ppm), invisibles à l’œil nu.
Finaliste du concours Fundtruck 2025, la startup lyonnaise ne cible pas seulement le grand public. Elle a annoncé des partenariats pilotes avec des restaurants étoilés, et vise aussi les spécialistes de la restauration d’entreprise et scolaire, qui souhaitent certifier leurs repas en temps réel. C’est un bel exemple de la « Tech for Good » : une innovation de rupture issue de la recherche française, mise au service d’un besoin quotidien vital. Les précommandes ouvriront fin 2026, promettant de redonner le goût de l’insouciance à table.

Au-delà du CES, OpenAI a officiellement lancé le 7 janvier « ChatGPT Santé », une déclinaison verticale de son modèle GPT-5.2, spécifiquement calibrée pour le secteur médical. Depuis 2023, des centaines de millions de patients ont utilisé ChatGPT pour s’auto-diagnostiquer, parfois avec des résultats mitigés, un risque d’hallucinations non négligeable, et des questions concernant la protection des données personnelles.
Avec ce nouveau service, OpenAI change de paradigme et veut répondre aux inquiétudes, en commençant par s’aligner sur les normes HIPAA aux États-Unis et le RGPD en Europe, afin de garantir une confidentialité totale des données. Aucune conversation n’est utilisée pour entraîner le modèle, et un chiffrement dédié est annoncé. La précision et l’utilité des réponses sont, quant à elles, renforcées grâce à un partenariat avec de nombreux médecins. Le modèle a été évalué selon des normes cliniques « rigoureuses ».
L’autre atout maître de ce lancement est le partenariat avec plusieurs applications de bien-être et services gérant les dossiers médicaux en ligne. Cette intégration permet à l’IA, si le patient donne son accord explicite, d’accéder à l’historique médical : analyses de prises de sang ou de scanners, antécédents, prescriptions en cours, etc. L’assistant ne « devine » plus ce qui arrive aux patients : il analyse leurs résultats médicaux en direct !
Cette innovation arrive au moment parfait pour les systèmes de santé mondiaux. ChatGPT Santé pourrait contribuer à désengorger les cabinets médicaux des questions bénignes, et leur permettre de se concentrer sur le soin et le diagnostic complexe.
Ce n’est évidemment pas la fin du médecin traitant (quoi que), mais sans doute l’avènement d’une autre façon de pratiquer la médecine ou de vivre avec une maladie : désormais, le patient et le docteur seront assistés par une troisième intelligence, infatigable et encyclopédique. On comprend néanmoins aussi pourquoi Elon Musk, vient d’exhorter la jeunesse américaine à ne plus envisager de s’inscrire en fac de médecine.
SYNTHÈSE

Cet article des "eléctrons linres" aborde les innovations technologiques majeures présentées au salon CES 2026 et les avancées récentes de l'intelligence artificielle. Le texte met en avant le robot Atlas, désormais doté du cerveau cognitif Gemini pour une utilisation industrielle, ainsi que les nouvelles voitures Mercedes capables de raisonner face aux imprévus routiers. Le secteur de l'électronique domestique est marqué par les téléviseurs ultra-fins de LG, tandis que la start-up Allergen Alert propose un scanner de poche pour sécuriser l'alimentation des personnes allergiques. Enfin, l'émergence de ChatGPT Santé signale une transformation profonde de la médecine, où l'IA devient un assistant médical personnalisé et sécurisé. L'ensemble de ces documents illustre une transition vers des outils qui ne se contentent plus d'exécuter des tâches, mais comprennent et analysent leur environnement.
CHATGPT SANTE
Accessible uniquement aux États-Unis sur liste d’attente, ChatGPT Santé sera prochainement lancé partout dans le monde, que vous soyez un utilisateur payant ou non. Ce nouveau volet se présente comme une « application » séparée au sein de l’interface habituelle du chatbot d’intelligence artificielle. Profitant, d’après les dires d’OpenAI, d’une infrastructure plus sécurisée, ChatGPT Santé désactive également l’historique des conversations précédentes avec le robot, ainsi que la mémoire préalable de l’outil. Un « bac à sable », au sein duquel les internautes peuvent interroger l’IA à propos de leur santé afin d’obtenir des recommandations et des conseils.
Naturellement, pour une pertinence plus grande et pour un suivi plus efficace au fil des mois, ChatGPT invite ses utilisateurs et utilisatrices à télécharger le plus de données médicales possible au sein de l’outil, pour dresser le bilan le plus complet de leur santé.
Compatible avec Apple Santé, Peloton, MyFitness Pal, Weight Watchers, Function ou encore AllTrails, ChatGPT Santé se propose de traduire pour vous le jargon médical, de générer des résumés de visites chez le médecin ou de générer des menus sur la base des recommandations d’un diététicien, par exemple.
Prudent, et à raison, quelques mois seulement après que ChatGPT a encouragé un adolescent à mettre fin à ses jours, OpenAI écrit sur son blog que son nouvel outil a uniquement vocation à proposer un accompagnement et des clés de compréhension.
« ChatGPT Santé est conçu pour soutenir les soins médicaux, et non pour les remplacer. La fonctionnalité n’a pas vocation à établir un diagnostic ni à proposer un traitement. Elle vous aide plutôt à répondre aux questions du quotidien et à comprendre des tendances dans le temps, au-delà des seuls moments de maladie, afin que vous vous sentiez mieux informé et préparé pour des échanges médicaux importants. »
OpenAI
On sait les outils d’intelligence artificielle particulièrement gourmands en données personnelles. Pour beaucoup, les chatbots sont devenus des confidents fidèles et neutres auxquels se confier. Même avant le lancement de ChatGPT Santé, nombre d’internautes posaient déjà des questions d’ordre médical à l’outil d’OpenAI (230 millions chaque semaine, d’après la startup).
Le fait est que ChatGPT Santé semble sérieux sur le volet confidentialité. On l’a dit, il s’agit d’un espace de discussion totalement séparé des conversations que vous avez déjà pu tenir avec ChatGPT – comme une page blanche. Sur son blog, l’entreprise ajoute que plusieurs couches de chiffrement des échanges ont été ajoutées dans l’espace Santé. The Verge précise toutefois qu’il ne s’agit pas de chiffrement de bout en bout, ce qui signifie que des tierces parties pourraient avoir accès à des données transitant par les serveurs.
En l’occurrence, l’hébergement des fichiers médicaux n’est pas piloté par OpenAI, mais par b.well, une entreprise spécialisée dans la conception d’espaces de santé connectés permettant la constitution et la consultation de dossiers médicaux en ligne. L’entreprise travaillerait déjà avec quelque 2,2 millions de partenaires dans le monde.
https://leclaireur.fnac.com/article/648065-chatgpt-sante-cest-quoi-cette-nouvelle-fonction-du-chatbot-dopenai/#:~:text=Compatible%20avec%20Apple%20Sant%C3%A9%2C%20Peloton,'un%20di%C3%A9t%C3%A9ticien%2C%20par%20exemple.
Bien que l‘IA ait le potentiel de révolutionner les soins de santé en améliorant les diagnostics et la gestion de cas cliniques, en détectant les possibles erreurs médicales et en réduisant les charges administratives, il est peu probable qu’elle remplace entièrement les médecins. Malgré les performances impressionnantes du ChatGPT dans les tests basés sur les connaissances, comme les soins de base en réanimation et les soins avancés en réanimation cardiovasculaire, il ne parvient pas à gérer le contexte et les nuances indispensables à des soins sûrs et efficaces aux patients. L’analyse de deux chercheurs d’Oxford, Carl Frey et Michael Osborne, suggère une faible probabilité (0,42 %3 d’automatisation des tâches des médecins et des chirurgiens, soulignant le rôle irremplaçable des médecins dans l’administration de soins intégrés avec compassion. Le potentiel de l’IA dans les soins de santé réside dans l’augmentation des capacités des médecins, la redistribution des charges de travail et l’optimisation des performances afin d’alléger les charges de travail incessantes et les exigences administratives élevées. Aussi, il semble que l’avenir de la médecine réside davantage dans une collaboration étroite entre les professionnels de la santé et les technologies d’IA, chaque partie apportant ses forces spécifiques pour améliorer les résultats pour les patients.
Pour s’en assurer et éviter des disparités significatives dans les résultats des soins de santé pour différentes populations de patients, en particulier celles qui sont déjà marginalisées ou mal desservies, il faut veiller à ce que les ensembles de données utilisés pour l’entraînement représentent une diversité de populations en termes d’ethnies, de genres, d’âges et d’origines géographiques et de conditions médicales et cela nécessite notamment des efforts spécifiques pour collecter des données auprès de communautés sous-représentées. Il est également essentiel de documenter de manière transparente les sources et les caractéristiques des données utilisées, y compris les biais potentiels, ce qui permet aux utilisateurs et aux développeurs de comprendre les limites des modèles et d’ajuster leurs attentes en conséquence. En outre, la mise en place de mécanismes pour évaluer régulièrement les biais potentiels dans les résultats du modèle est nécessaire pour identifier des biais, des lacunes ou des problèmes spécifiques auxquels le modèle pourrait être confronté. De même, l’implication active des communautés concernées dans le processus de collecte de données et d’entraînement du modèle est essentielle.
ChatGPT est prometteur en matière de santé en ce qui concerne l’amélioration des pratiques médicales et la rationalisation des tâches administratives : les capacités de traitement du langage naturel de ChatGPT peuvent être par exemple exploitées pour rationaliser le processus de diagnostic, en permettant aux patients de mieux comprendre les symptômes et en facilitant l’identification des problèmes de santé. De même, en analysant les dossiers médicaux, les tests de diagnostic et les antécédents des patients, ChatGPT facilite l’extraction d’informations pertinentes à partir de données non structurées, contribuant ainsi à des diagnostics plus précis et plus efficaces. Sans parler de la réduction des temps d’attente à laquelle l’IA conversationnelle peut contribuer en répondant aux questions fréquemment posées, en triant les patients et en planifiant les rendez-vous, ce qui améliore en fin de compte l’accès des patients aux soins. Toutefois, il est impératif de s’attaquer aux préjugés, de définir les responsabilités juridiques et de garantir l’obligation de rendre des comptes avant de procéder à une mise en œuvre généralisée. Dans le domaine de la recherche scientifique et médicale, le potentiel de l’IA pour aider à la synthèse de la littérature et à la conception d’expériences est remarquable, mais la fiabilité et les préoccupations éthiques exigent un examen attentif. Pour aller de l’avant, une approche équilibrée et informée est nécessaire pour exploiter les avantages d’un outil d’IA comme ChatGPT tout en atténuant ses risques dans le domaine des soins de santé et de la recherche scientifique.
Bien que ChatGPT présente des opportunités significatives pour améliorer les pratiques médicales, il est impératif de reconnaître qu’il ne remplacera pas les professionnels de santé.
La collaboration entre l’intelligence artificielle et les praticiens émerge comme une voie prometteuse pour optimiser les soins, améliorer la communication patient-médecin et réduire les charges administratives. Pour autant, il ne faudrait pas occulter la nécessité d’une approche éthique et réglementaire pour garantir la responsabilité et la fiabilité des résultats. Alors que le paysage de l’IA dans la santé évolue à vitesse grand V, la vigilance demeure essentielle pour assurer une intégration équilibrée et informée de ces technologies.
https://www.msdconnect.fr/innovation-sante/medtech/chatgpt-dans-la-sante/
Commentaire
L'IA multiplie ses capacités, probablement à l'infini . Les robots "aidants" seront de plus en plus utils mais à quel coût ? Les voitures vont penser et se passer d'un humain au volant. ChatGPT Santé arrive. Bref, c'est une IA "invasive" qui arrive tout azimut. Tout cela devra être réglementé et devra éthiquement être au top ! Ne pas oublier que la responsabilité ne sera pas de l'IA mais de l'humain qui l'actionne.
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