Cancer et risque d'AVC


"L'espérance est un risque à courir " Georges Bernanos

 
Siegal DM, Cerasuolo JO, Carrier M, Gross PL, Kapral MK, Kirkwood D, Lun R, Shamy M, Sutradhar R. Risk of ischemic stroke after cancer diagnosis: a population-based matched cohort study.

Risque d'accident vasculaire cérébral ischémique après un diagnostic de cancer : une étude de cohorte appariée basée sur la population

J Thromb Haemost. 2025 Jan 9:S1538-7836(24)00778-5. doi: 10.1016/j.jtha.2024.12.029. Epub ahead of print. PMID: 39798928.
https://www.jthjournal.org/article/S1538-7836(24)00778-5/abstract


Contexte

 
Il existe peu de données concernant l’association entre le cancer et l’accident vasculaire cérébral ischémique, en particulier chez les personnes ayant déjà subi un accident vasculaire cérébral.

Objectif

Notre objectif était de mesurer et de comparer le risque d’accident vasculaire cérébral ischémique chez les individus atteints et non atteints de cancer.

Méthodes

 
Étude de cohorte appariée basée sur la population en Ontario, Canada. Les participants âgés de ≥ 18 ans avec un nouveau diagnostic de cancer ont été appariés (1:1) à des témoins sans cancer par âge et sexe dans 2 cohortes appariées distinctes en fonction de l'absence (cohorte appariée 1) ou de la présence (cohorte appariée 2) d'un accident vasculaire cérébral ischémique antérieur. Le critère d'évaluation principal était l'incidence d'accident vasculaire cérébral ischémique. Nous avons calculé les rapports de risque ajustés de sous-distribution (aHR) et les IC à 95 % pour l'accident vasculaire cérébral ischémique (décès en tant qu'événement concurrent).

Résultats

Dans la cohorte appariée 1, le taux et le risque d'accident vasculaire cérébral ischémique étaient plus élevés chez 620 647 patients atteints de cancer par rapport à 620 647 témoins à 1,5 an (4,6/1 000 personnes-années [IC à 95 %, 4,5-4,7] contre 3,5/1 000 personnes-années [IC à 95 %, 3,4-3,6] ; aHR, 1,40 ; IC à 95 %, 1,34-1,47).


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Courbes de fonction d’incidence cumulée pour l’AVC ischémique et la mortalité toutes causes confondues pour la cohorte appariée 1 (aucun antécédent d’AVC ischémique).

Dans la cohorte appariée 2, le taux et le risque d'accident vasculaire cérébral ischémique étaient similaires chez 13 924 patients atteints de cancer et 13 924 témoins à 1,5 an (26,9/1 000 personnes-années [IC à 95 %, 25,1-28,9] contre 22,0/1 000 personnes-années [IC à 95 %, 20,7-23,4] ; aHR, 1,00 ; IC à 95 %, 0,88-1,14).

 

Dans les deux cohortes, le risque d'accident vasculaire cérébral ischémique était plus faible chez les patients atteints de cancer que chez les témoins de 1,5 à 5 ans (aHR, 0,72 ; IC à 95 %, 0,69-0,74 et aHR, 0,53 ; IC à 95 %, 0,46-0,62).

 

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Courbes de fonction d’incidence cumulée pour l’AVC ischémique et la mortalité toutes causes confondues pour la cohorte 2 appariée (antécédents d’AVC ischémique).

Les taux bruts d’AVC ischémiques variaient selon le stade du cancer en fonction de l’ampleur de la propagation de la maladie.

Les taux les plus bas ont été observés chez les personnes atteintes d’une maladie de stade 2 (22,1 pour 1000 AP) et les taux les plus élevés chez celles atteintes d’une maladie de stade 4 (34,8 pour 1000 AP) (tableau supplémentaire S2).

Seules les personnes atteintes d’un cancer de stade 4 présentaient un taux plus élevé d’AVC ischémique que leurs témoins appariés

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Conclusions

Comparés aux témoins sans cancer, le taux et le risque d’accident vasculaire cérébral ischémique étaient plus élevés 1,5 an après le diagnostic de cancer chez les individus sans AVC antérieur et variaient selon le site et le stade du cancer.

En résumé, nous avons montré que le risque d’AVC ischémique après un nouveau diagnostic de cancer dépend de la présence ou de l’absence d’antécédents d’AVC.

Dans la cohorte appariée sans antécédents d’AVC, le risque d’AVC a augmenté dans les 1,5 ans suivant le diagnostic de cancer par rapport aux témoins sans cancer et a varié selon le site et le stade du cancer.

À l’inverse, dans la cohorte de personnes ayant des antécédents d’AVC, le risque d’AVC dans les 1,5 ans suivant un nouveau diagnostic de cancer n’était pas différent de celui des témoins.

Il est important de noter que les taux absolus d’AVC et de mortalité étaient plus élevés chez les personnes ayant déjà subi un AVC, ce qui suggère qu’il peut s’agir d’un facteur important à prendre en compte lorsqu’on discute du pronostic après un nouveau diagnostic de cancer.

D’importantes lacunes subsistent dans ce domaine.

Des recherches futures sont nécessaires pour

  • (1) identifier les patients les plus à risque qui pourraient bénéficier d’interventions visant à réduire le risque d’AVC
    * (2) examiner le risque d’accident vasculaire cérébral récurrent, les saignements et la qualité de vie après un accident vasculaire cérébral ischémique.

    Commentaire

    Excellent article qui fait poser des questions :
  • Les causes des avc dans ce contexte ? 
    Chimiothérapie est-elle en cause ?
    Stade du cancer
    Terrain vasculaire du patient au  préalable 
    Ou lien entre athérothrombose et cancer
    Ou prévention vasculaire renforcée en cas de cancer

    Réponse de Marc Carrier "Nous allons publier un article avec les différents facteurs de risque (e.g., chimio, stade, sexe, facteurs de risques cardiovasculaire, etc.). Je pourrai vous envoyer la calculatrice sur le web (PRIME Tool – Predicting Risk of Ischemic Stroke in Malignancy Estimation) lorsque l’article sera accepté pour publication." MERCI MARC 


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