Lp(a) : RCV chez la femme


Michos ED, Saucier S, Mehran R, Koschinsky ML.
Lipoprotein(a) and Women's Cardiovascular Health: A Review. 
Lipoprotéine(a) et santé cardiovasculaire des femmes : une revue
JACC Adv. 2026 Apr 21:102744. doi: 10.1016/j.jacadv.2026.102744. Epub ahead of print. PMID: 42059846.
https://www.jacc.org/doi/10.1016/j.jacadv.2026.102744
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Un taux élevé de lipoprotéine(a), ou Lp(a), est un facteur de risque génétiquement déterminé de maladies cardiovasculaires (MCV).

Cependant, les connaissances relatives aux taux de Lp(a) et à leur contribution au risque de MCV chez les femmes (définies ici comme étant de sexe féminin à la naissance) sont encore en évolution et souvent contradictoires.

Les hormones sexuelles féminines sont d'importants modulateurs du métabolisme des lipoprotéines, et les taux de Lp(a) sont influencés par les taux d'œstrogènes exogènes et endogènes.

Ainsi, des fluctuations de Lp(a) sont observées tout au long de la vie, principalement pendant la grossesse et après la ménopause.

Bien qu'il n'existe pas encore de traitements pharmacologiques approuvés pour réduire le taux de Lp(a), il est possible d'agir dès maintenant en cas de taux élevé de Lp(a) et de mettre en œuvre des stratégies pour réduire le risque global de MCV.

Il est impératif que les connaissances relatives aux risques associés à des taux élevés de Lp(a) chez les femmes soient correctement communiquées aux professionnels de santé afin d'assurer une prise en charge optimale du risque de MCV en pratique clinique.

De plus, la poursuite des recherches sur la Lp(a) et la santé cardiovasculaire des femmes est essentielle pour l'avenir de la prévention des MCV.


Points forts

Les hormones sexuelles féminines modulent le métabolisme des lipoprotéines, et des fluctuations à vie de Lp(a) sont observées chez les femmes.
Les preuves concernant la contribution d'un taux élevé de Lp(a) au risque CV chez les femmes évoluent et sont contradictoires.
Le dépistage systématique d'un taux élevé de Lp(a) chez les femmes est essentiel pour orienter la prise de décision clinique et réduire le risque cardiovasculaire.
Le rôle des niveaux élevés de Lp(a) dans la santé reproductive et cardiovasculaire des femmes justifie des recherches supplémentaires.

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Illustration centrale : Taux de lipoprotéine(a) chez les femmes tout au long de leur vie et lacunes persistantes dans les données probantes
Cette illustration présente l'évolution de la Lp(a) (initialement exprimée en mg/dL) selon Roeters van Lennep JE, Tokgözoğlu LS, Badimon L, et al. Femmes, lipides et maladies cardiovasculaires athéroscléreuses : un appel à l'action de la Société européenne d'athérosclérose. Eur Heart J. 2023 ;44(39) :4157–4173. https://doi.org/10.1093/eurheartj/ehad472 . APO = issue de grossesse défavorable ; CV = cardiovasculaire ; MCV = maladie cardiovasculaire ; THS = traitement hormonal substitutif ; LDL-C = cholestérol LDL ; Lp(a) = lipoprotéine(a).


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 Évolution des taux de Lp(a) pendant la grossesse
Les différentes fonctions de la Lp(a) pendant la grossesse et la relation entre les fluctuations de Lp(a) associées à celle-ci et les issues défavorables. Lp(a) = lipoprotéine(a).

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 Évolution des taux de Lp(a) chez les femmes en réponse aux variations des taux d'œstrogènes
Évolution des taux de Lp(a) chez la femme en fonction des fluctuations des taux d'œstrogènes à différentes étapes de la vie et en réponse à des facteurs exogènes. THS = traitement hormonal substitutif ; SERM = modulateur sélectif des récepteurs aux œstrogènes 

Quand faut-il tester un taux élevé de Lp(a) ?

Plusieurs sociétés médicales recommandent le dosage de la Lp(a) chez les personnes ayant des antécédents personnels ou familiaux d'ASCVD précoce et/ou un taux élevé de Lp(a). Notamment, la NLA, l'ESC/EAS, l'American Heart Association/American College of Cardiology et la Société canadienne de cardiologie recommandent toutes au moins une mesure de la Lp(a) chez tous les adultes, indépendamment de leurs antécédents familiaux, afin d'identifier les personnes présentant un risque cardiovasculaire élevé , le dosage de la  Lp(a) reste peu fréquent en pratique clinique. L'étude internationale Lp(a)HERITAGE a rapporté que seulement 14 % des patients atteints d'ASCVD clinique avaient bénéficié d'un dosage de la Lp(a) avant leur inclusion dans l'étude. De plus, aux États-Unis, le taux de dépistage de la Lp(a) serait inférieur à 1 %. 83 Il est important de noter que la connaissance d'un taux élevé de Lp(a) peut aider à identifier les personnes présentant un risque accru d'événements cardiovasculaires indésirables et susceptibles de bénéficier de mesures visant à réduire ce risque, telles que l'adoption d'un mode de vie sain pour le cœur, la prise en charge d'autres facteurs de risque cardiovasculaire, notamment l'hypertension, et la mise en place de traitements hypolipémiants pour une gestion plus intensive du LDL-C. Dans une recommandation récente de la NLA, 32 les auteurs préconisent un dépistage systématique de la Lp(a) chez les hommes et les femmes dans le cadre du premier bilan lipidique. De plus, un dépistage en cascade chez les apparentés des patients présentant un taux élevé de Lp(a) est recommandé. 5 , 33
Les recommandations spécifiques des sociétés médicales concernant le dosage et la prise en charge du Lp(a) chez la femme sont limitées ( tableau 1 ). L’EAS souligne que les recommandations actuelles, fondées sur les antécédents familiaux ou une approche ponctuelle, peuvent ne pas refléter les fluctuations du taux de Lp(a) tout au long de la vie des femmes et qu’un dosage répété peut s’avérer nécessaire.<sup> 17 </sup> Les femmes présentant un faible taux de Lp(a) (inférieur à 75 nmol/L) avant la ménopause ont peu de chances de dépasser le seuil de risque accru de Lp(a) après la ménopause (supérieur à 125 nmol/L) et ne nécessitent généralement pas de dosages supplémentaires. Toutefois, dans sa déclaration de 2024, la NLA recommande, pour les femmes préménopausées présentant un taux de Lp(a) dans la catégorie de risque intermédiaire (75-125 nmol/L), un nouveau dosage de Lp(a) après la ménopause peut être justifié. L’American Heart Association et l’EAS recommandent une surveillance cardiovasculaire renforcée chez les femmes ménopausées. Les recommandations de l'EAS de 2022 intègrent le dosage de la Lp(a) dans cette stratégie pour les femmes présentant des taux de Lp(a) préménopausiques limites (75 à 125 nmol/L) afin de mieux stratifier celles présentant un risque accru de maladies cardiovasculaires et de permettre une intervention rapide pour traiter les facteurs de risque modifiables.<sup> 17 </sup> De plus, le suivi des taux de Lp(a) chez les femmes enceintes peut permettre d'identifier précocement les personnes présentant un risque accru d'événements indésirables cardiovasculaires (EIC) et de mettre en œuvre des stratégies préventives. Les jeunes femmes ayant des antécédents d'EIC ou de syndrome des ovaires polykystiques (SOPK) peuvent être candidates à un test de Lp(a).<sup> 47</sup> Si le premier test de Lp(a) est effectué pendant la grossesse et que le taux est élevé (> 125 nmol/L), les praticiens peuvent envisager un nouveau test de Lp(a) après l'accouchement afin de déterminer le taux de base de la patiente.<sup> 85</sup>
Bien que la reproductibilité des dosages de Lp(a) dans les laboratoires commerciaux se soit considérablement améliorée et que la plupart des dosages modernes présentent une bonne corrélation avec les méthodes de référence, une variabilité inter-essais cliniquement significative persiste, avec des différences rapportées allant de 3 % à 69 % d'un échantillon à l'autre. Cette variabilité a des implications importantes pour la pratique clinique, notamment pour la stratification du risque et le suivi longitudinal des personnes dont les taux de Lp(a) se situent dans la zone de risque intermédiaire, comme indiqué précédemment. Néanmoins, la plupart des dosages modernes présentent une bonne corrélation avec les méthodes de référence et le dosage de la Lp(a) est fortement recommandé pour faciliter la stratification du risque.

Prise en charge d'un taux élevé de Lp(a) chez la femme

Bien que des essais cliniques évaluant les effets cardiovasculaires des traitements ciblant la Lp(a), notamment le pélacarsen, l'olpasiran et le lépodisiran, soient en cours, aucun traitement pharmacologique approuvé permettant de réduire spécifiquement et efficacement la Lp(a) n'est encore disponible. Néanmoins, une Lp(a) élevée peut être prise en charge dès maintenant, grâce à des stratégies visant à réduire le risque cardiovasculaire global. Bien qu'une Lp(a) élevée soit présente chez 20 à 30 % de la population mondiale, la majorité des événements cardiovasculaires sont précédés d'un contrôle insuffisant des facteurs de risque traditionnels, ce qui souligne la nécessité d'une approche globale de la prévention des maladies cardiovasculaires. Les recommandations préconisent une prise en charge précoce et intensive des facteurs de risque modifiables tels que le tabagisme, l'alimentation, l'hypertension, le diabète et le taux de LDL-cholestérol. Il n'existe actuellement aucune recommandation spécifique au sexe concernant la prise en charge des lipides ou de la Lp( a ) ; par conséquent, une éducation thérapeutique est nécessaire pour sensibiliser les patientes aux facteurs de risque cardiovasculaires, notamment la Lp(a) élevée.

Prise en charge multidisciplinaire des maladies cardiovasculaires chez la femme

Une approche multidisciplinaire de la prise en charge des maladies cardiovasculaires chez la femme est essentielle pour réduire la morbidité et la mortalité associées à ces maladies.

Par exemple, la cardio-obstétrique implique une collaboration entre plusieurs disciplines, dont la cardiologie, l'obstétrique-gynécologie, la médecine materno-fœtale, l'anesthésiologie et la pharmacie, dans le but d'optimiser le pronostic cardiovasculaire maternel .En pratique, les gynécologues-obstétriciens sont en première ligne de la prise en charge des patientes pendant la grossesse, l'accouchement et/ou la ménopause, tandis que les médecins généralistes sont souvent le premier interlocuteur et devraient être sensibilisés aux stratégies de prévention des maladies cardiovasculaires, notamment pendant la ménopause et après l'accouchement.Bien qu'un bilan lipidique initial avant la grossesse puisse être utile pour identifier les femmes présentant des dyslipidémies sévères, les recommandations spécifiques concernant le dosage de la Lp(a) chez la femme sont limitées. Une communication continue entre les spécialités est un élément important d'une stratégie globale de réduction des risques. Dans cette optique, un panel d'experts, réunissant des spécialistes en cardiologie, gynécologie-obstétrique et soins primaires, a formulé des recommandations selon la méthode Delphi, susceptibles d'améliorer la prise en charge des maladies cardiovasculaires chez les femmes, notamment un suivi spécifique des facteurs de risque cardiovasculaires chez les femmes présentant un travail prématuré, une prééclampsie et/ou une hypertension gestationnelle.

Conclusions

Des recherches supplémentaires sont nécessaires pour déterminer le rôle des taux élevés de Lp(a) sur la santé reproductive et cardiovasculaire des femmes. Les facteurs de confusion potentiels, tels que l'origine ethnique, la distribution des isoformes d'apo(a), l'âge de la période reproductive et le recours à un traitement hormonal substitutif (THS), ne sont pas suffisamment caractérisés ni pris en compte dans les études actuelles. 

 Les auteurs lancent un appel à l'action concernant les domaines nécessitant une attention particulière et les pistes de recherche futures, résumés dans l' illustration centrale . L'influence de facteurs non génétiques spécifiques au sexe sur les taux de Lp(a) remet en question la recommandation selon laquelle une seule mesure de Lp(a) au cours de la vie est suffisante chez les femmes ; cependant, les recommandations fondées sur des données probantes concernant la prise en charge des augmentations des taux de Lp(a) après la ménopause font défaut. Bien que des taux de Lp(a) supérieurs à ceux considérés comme normaux pendant la grossesse soient associés à des anomalies ovariennes, les données sont contradictoires et les mécanismes pathologiques sous-jacents ont été peu étudiés. Néanmoins, il est crucial que les risques associés à des niveaux élevés de Lp(a) chez les femmes soient correctement reconnus par les professionnels de la santé afin d'assurer une gestion efficace du risque de MCV et une prévention optimale des MCV dans la pratique clinique.

 SYNTHESE / NOTEBOOKLM
 Cette revue scientifique examine l'influence de la lipoprotéine(a) sur la santé cardiovasculaire des femmes, un domaine où les connaissances sont en pleine mutation. Le texte souligne que, bien que ce facteur de risque soit essentiellement génétique, ses taux fluctuent de manière significative chez les femmes en raison des variations hormonales durant la grossesse et la ménopause. Les auteurs mettent en lumière des données parfois contradictoires concernant l'impact réel de ces fluctuations sur les maladies cardiaques, tout en déplorant les disparités de prise en charge médicale entre les sexes. En conclusion, l'étude appelle à une généralisation du dépistage et à des recherches accrues pour mieux intégrer le vieillissement reproductif dans la prévention des risques cardiovasculaires féminins.

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Commentaire

Un article très important qui nous éclaire sur les variations de la Lp(a) chez la femme, ce qui n'est pas le cas chez les hommes. On connaissait les variations chez la femme , cet article apporte des précisions majeures.

A quand le DÉPISTAGE UNIVERSEL ? 
A quel coût ? 

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